On ferme les yeux et se laisse transporter dans le temps… Il était une fois, un lord anglais vêtu d’un costume en Prince-de-galles, dont le loisir favori (quand il ne chassait pas le renard) consistait à arpenter la forêt en compagnie de son beagle. Rentré sur le coup des 17 heures, quel plaisir que de s’offrir une nice cup of tea, avec quelques sandwiches au concombre, découpés en triangles dans du pain de mie. On rouvre les yeux: fin du rêve aristo!

Sauf que ce mode de vie peut être pratiqué pour de vrai, le temps d’un week-end ou de courtes vacances. Le domaine de Goodwood, dans le Sussex, près de Chichester, appartient à un aristocrate pur sucre, Charles Gordon-Lennox, Comte de March and Kinrara, sixième génération de descendants d’un fils illégitime du roi Charles II. La gestion de ce domaine est extrêmement dynamique: on y plante des légumes bio distribués dans les restaurants chics de Londres, on y produit de la bière, on y organise de somptueux événements en matière d’automobile, d’aviation ou d’équitation, on y loue des terrains à la fabrique Rolls Royce. Or, dans un recoin de cet incroyable machine à remonter le temps, un ancien chenil de la fin du XIXe siècle était longtemps resté en l’état. Il revit aujourd’hui, sous la forme d’un hôtel particulier de 10 chambres, le Hound Lodge . Depuis janvier dernier, on peut louer (pour 10’000 euros) l’entier de la demeure, pour des réunions de famille, des congrès, des séminaires d’entreprise. Le concept: «Home away from home» – un chez soi loin de la maison.

On entre! Le salon s’ouvre sur une cheminée géante, qui rend douce (on est en Angleterre!) la plus pluvieuse des soirées d’automne. Un «butler» (majordome) attend les convives, droit comme un i, et invite d’un geste à se servir au bar, fourni à discrétion. Chaque chambre dispose d’ailleurs d’une sonnette, pour les cas de caprice inopiné… La maison est décorée dans le plus pur style british, avec des poissons sur les papiers peints, des tasses en porcelaine délicate, des coussins de brocard… et des gerbes de fleurs champêtres à profusion. On se croirait dans un roman de Barbara Cartland. Les chambres sont aménagées dans les anciens chenils et chaque courette privée représente l’ancien espace extérieur des chiens. Ah, que de grands chasseurs ces murs ont entendu aboyer! Dido, Pokpey, Rifle portent haut la réputation de cet élevage, qui pouvait accueillir jusqu’à 120 chiens. La légende locale veut d’ailleurs que les chasseurs à quatre pattes aient bénéficié d’un système de chauffage cent ans avant leurs maîtres… Et les convives d’aujourd’hui peuvent parfaitement débarquer avec leur animal de compagnie: des chenils très smart leur sont réservés dans le jardin. Une vie de chien, on vous dit…

Goodwood se situe juste en dehors de Chichester, à une centaine de kilomètres de Londres, à une cinquantaine de Brighton.