Les carnets de croquis de Françoise Gilot nous font voyager entre Venise, l’Inde et le Sénégal.

Il n’y a pas que Homo Faber qui nous emmène à Venise ce mois-ci. L’éditeur d’art allemand Taschen présente une édition fac-similée de trois carnets de croquis réalisés par l’artiste Françoise Gilot au cours de ses voyages à Venise, en Inde et au Sénégal entre 1974 et 1981.

Les cahiers s’accompagnent également d’un livret avec une introduction de l’éditeur Hans Werner Holzwarth et d’un entretien de l’artiste avec l’actrice Thérèse Crémieux, sur son travail et ses voyages. Le tout est livré dans un bel écrin limité à cinq mille exemplaires. Les plus chanceux pourront s’offrir les Editions d’Art dont les croquis sont accompagnés de lithographies créées spécialement par Françoise Gilot.

Déambulation au fil des pages

A Venise, les dessins se déclinent dans des palettes de bleus aquatiques. Les vues de la ville se mêlent aux réinterprétations des canaux. L’artiste rend hommage à ses illustres prédécesseurs exposés dans la cité des Doges : Bellini, Carpaccio, Giorgione, Véronèse, Titien, Tintoret. Elle allie à merveille écriture calligraphiée aux illustrations des canaux, cafés et amants du bord de la lagune.

Le deuxième carnet consacré à l’Inde est rempli de dessins de rues, pour la plupart en noir et blanc. Françoise Gilot croque ceux qu’elles croisent, que ce soient les animaux ou les figures féminines drapées dans des saris somptueux, au travail ou chargées d’un lourd fardeau.

Contrairement à celui sur l’Inde, le carnet sur le Sénégal fait éclater les couleurs. Les individus que l’artiste rencontre l’impressionnent, tant par leur gestuelle que par leurs regroupements, la vie dans les cases et sur les marchés. Les femmes occupent une importante place, drapées dans des vêtements flottants et entourées de plantes et paysages luxuriants.

Une artiste plus qu’une muse

Née en 1921 à Neuilly-sur-Seine, Françoise Gilot étudie l’art, le droit et la littérature pendant la Deuxième guerre mondiale. Elle entre aux Beaux-Arts de Paris dès 1943. La même année, elle rencontre Pablo Picasso, avec qui elle apprend de nouvelles notions picturales. Leur histoire dure dix ans et deux enfants naissent de cette relation.

Certains considèrent Gilot comme la muse de Picasso, que le peintre représente en « femme fleur ». La jeune femme peint et n’a pas besoin de lui pour acquérir une notoriété dans le milieu de l’art international, en exposant ses œuvres dès 1950. Influencée par le cubisme de l’Espagnol, elle s’en détache tout de même en usant de formes plus naturelles aux angles moins vifs. En 1964, elle publie le livre Vivre avec Picasso sur sa relation avec lui; un ouvrage qui deviendra un best-seller.

 

Françoise Gilot. Three Travel Sketchbooks: Venice, India, Senegal (Allemand, Anglais, Français), Thérèse Crémieux, Hans Werner Holzwarth, éd. Taschen