Les créations d’Atelier Oï pour Louis Vuitton ont émerveillé le public de la foire du design. Derrière ce trio phare, des grandes industries et des jeunes étudiants ont fait rayonner la créativité helvétique aux quatre coins de la ville italienne.

Cinq heures de train séparent La Neuveville de Rho Fiera à Milan. Petit voyage pour grand succès: au 57ème Salon du Meuble les créations d’Atelier Oï ont fait tourner les têtes et flasher les smartphones. Leurs fleurs en origami ont colonisé le plafond du sombre couloir de Palazzo Bocconi où Louis Vuitton présentait sa nouvelle collection «Les petits nomades». Classés dans les dix installations les plus instagrammables du Salon par le magazine d’architecture et design Dezeen, on reconnaît à ces origamis la forme de la fleur de lys, célèbre monogramme qui accompagne l’iconique LV sur les créations du maroquinier parisien. Le trio suisse a aussi signé deux autres des six Petits nomades, faisant écho au hamac en cuir tressé créé pour la collection Objets nomades en 2012. Coussins Flowers fields et vases Leather rosace: l’ingrédient principal reste le cuir, sinueusement plissé en pétales de lys. Vogue Australia a placé Les petits nomades dans son best of des expositions de maisons de mode au Salon.

Et d’inspiration japonaise était aussi leur showroom Casa Gifu III – olfactory ceramics. Pendant six jours, plus de 10’000 personnes ont découvert  les céramiques aux fragrances orientales conçues par Aurel Aebi, Armand Louis et Patrick Reymond en collaboration avec des artisans de l’Empire du Soleil levant. La synergie créative entre Atelier Oï et les céramistes de la Gifu Prefecture – une région au centre du Japon – en est à sa troisième bougie: cette année les délicates créations des artisans japonais imbibés d’huiles essentielles ont ramené les senteurs naturelles de l’île des samouraïs au Vieux Continent. Outre ces créations exposées au Fuorisalone auxquelles s’ajoute la lampe Souffle pour Artemide, Atelier Oï a aussi présenté au Salon du Meuble les deux chaises Gifoï et Genea, la première pour Hida Sanyo et la deuxième pour Passoni.

Petit atelier pour grande renommée

Fondé en 1991 dans la petite ville médiévale au bord du lac de Bienne, Atelier Oï a depuis étendu sa renommée bien au-delà de ce petit miroir lacustre. Leur liste de clients compte plusieurs villes et musées suisses mais aussi d’importantes marques comme Rolex et Hermès. Dans leur vitrine à trophées, plusieurs prix suisses et étrangers. Tout leur travail ne fait sens que par les trois têtes qui l’imaginent et cela est mis en avant par leur signature: oï vient en effet du mot russe troïka, signifiant justement une équipe de trois. Leur génie créatif habite depuis 2008 un ancien motel rebaptisé Moïtel pour l’occasion, qui abrite aussi une «matériauthèque». Les pendulaires du tronçon Zurich-Lausanne ont sûrement déjà aperçu l’enseigne si au lieu de regarder le lac magnifique ils se tournent vers les vignes qui égaient le paysage.

La Suisse aux quatre coins du Salon

À Milan, la présence des designers helvétiques au Salon a été facilement repérable grâce à la deuxième édition de la Swiss Design Map, préparée par le Consulat général de Suisse grâce au soutien de la Commune du chef-lieu lombard. Celle-ci indiquait aussi les deux-cent chaises, tabourets et canapés Vitra de toutes formes et couleurs réunies par l’architecte autrichien Robert Stadler pour une exposition inédite. Ailleurs, les jets d’eau sautant d’une toilette à l’autre dans l’installation Cleanet Riva signée Laufen en ont amusé plus d’un. De l’expo Swiss <3 Design aux Swiss Design District, en passant par les stands tenus par les écoles HEAD de Genève, écal de Lausanne et FHNW de Bâle: les croix blanches sur fond rouge ne cessent d’augmenter au Salon du Meuble milanais. Et le design helvétique est toujours bien apprécié.

Céline Stegmüller