Une balancelle suspendue sous les stucs. Un paravent, comme un moucharabieh de cuir. Un tabouret en forme de trèfle à quatre feuilles. Un nid ovoïdal à accrocher à un arbre. Une chaise longue en feuilles tissées… Signés Atelier Oï, Marcel Wanders, Patricia Urquiola, Tokujin Yoshioka, Nendo et d’autres (rien que des grands noms du design), ces petits meubles poétiques viennent enrichir la collection des objets nomades, que la maison Vuitton a lancée en 2012.

Cette semaine, à Milan, à l’occasion du fameux Salone di Mobile, le maroquinier français présente les dix nouvelles pièces de la collection dans le cadre majestueux du Palazzo Bocconi. On a fait entrer les plages de sable sur les parquets, on a planté des palmiers devant les chambranles des fenêtres pour recréer l’envie d’une île. Car c’est bien à cela que servent ces petits meubles, unis par les liens du cuir ouvragé: à faire rêver d’ailleurs. Certainement, personne ne les utilisera en voyage, ils sont bien trop précieux pour cela. Mais leur pouvoir évocateur invite à tous les dépaysements intérieurs.

On aurait pu redouter, au départ, que la collaboration avant tant de personnalités créatives différentes aboutisse à une ambiance dispersée, un exercice de style un peu forcé. C’est tout le contraire qui se produit: chaque pièce nouvelle s’inscrit naturellement dans la collection, comme une évidence. C’est que, spontanément, tous les designers ont puisé à la base de l’histoire Vuitton, à cet héritage fait de malles et de sacs de cuir luxueusement finis. Beaucoup ont visité la maison familiale, à Asnières, et en ont ramené cette inspiration qui allie une pointe de nostalgie, un rien d’exotisme à beaucoup d’esprit prospectif. La gloire du cuir, comme une unité dans la diversité. Le hamac, tiens! Il a été imaginé par l’Atelier Oï, le trio suisse de La Neuveville, dans un glorieux cuir turquoise. Il a la forme éternelle du bonheur à l’horizontale, mais techniquement il relève tant de l’exploit que de l’imagination: pour davantage de confort, après maints essais, les lanières n’ont pas été tressées, mais plissées en papillon, comme le sont les pâtes Farfalle. Aurel Aebi, l’un des membres du trio suisse, raconte aussi que les rivets qui servent à les maintenir sont inspirés des rivets de jeans. Après tout Vuitton est aussi une maison de mode… «On commence à se connaître, avec la maison Vuitton, souligne un autre cofondateur, Patrick Reymond, puisque nous collaborons dès la première collection. Alors on peut construire une histoire ensemble.»

Au final, ces pièces précieuses et expérimentales (elles sont à vendre… mais à quel prix!) articulent les contours d’un univers de luxe et de sérénité, comme un art de vivre où l’on aurait le temps de se rêver ailleurs, loin de son smartphone.