A la foire du meuble de Milan qui vient de s’achever – le fameux Salone del Mobile 2016 où toute l’avant-garde du design se rencontre – les trouvailles étaient riches cette année (nous aurons l’occasion d’y revenir dans nos pages et sur ce site…). En guise de mise en bouche, une belle surprise: le dialogue fastueux entre l’ancien et le moderne. Deux lieux et deux marques, surtout, ont laissé des impressions fortes en la matière. Le spécialiste de la mode et du cuir tressé, Bottega Veneta, présente une collection d’intérieur depuis 2006, sous la houlette du Directeur Artistique Tomas Meier. Les pièces de cette 10e collection (somptueuse) étaient présentées dans le Palazzi Gallarati Scotti, qui abrite aussi la boutique de la Via Borgospesso. Plafonds à caisson et canapés de cuit fin; murs de pierre et lampe et verre noir de Murano; fresques et monumentale table basse à arches de bronze. Une ode à la bienfacture, avec un souci évident de chaque détail, de chaque finition, de chaque nuance de cuir. Le coup de cœur? la table basse en cuir tressé, recouverte de laque matte pour la rendre invulnérable. Ou alors (mais c’est folie…) la commode à six tiroirs entièrement tapissée de veau velours, avec des poignées de bronze qui reprennent le célèbre motifs intrecciato de la marque. Petit moment de doute: est-on dans une boutique ou au musée? D’autant que Tomas Meier avait pris soin d’emprunter quelques œuvres d’art originales pour rehausser le coup d’œil, dont des bustes en marbre datant du Ier siècle av. J.-C.

Jacub Berdych pour Lasvit
Jacub Berdych pour Lasvit

Maxim Velcovsky pour Lasvit
Maxim Velcovsky pour Lasvit

Stanislav Libensky pour Lasvit
Stanislav Libensky pour Lasvit

Atelier Oï pour Lasvit
Atelier Oï pour Lasvit

L’autre marque à frapper fort en matière de mise en scène est la Tchèque Lasvit. La verrerie du Nord de la Bohème a à cœur de réveiller l’art transparent qui a longtemps fait la gloire de la région. Pour ce faire, elle sollicite des designers du cru (Boris Limek, Stanislav Libensky), mais aussi des gloires internationales comme Arik Levy, Maurizio Gallante ou l’inévitable Patrizia Urquiola, qui a décidément de don d’ubiquité). De ces collaborations résultent des lustres de cristal délirants, toute comme des luminaires sobrissimes, mais qui tous jouent avec les jeux de couleurs et de transparence que seul permet le verre. Cette année, ces merveilles étaient présentées au Palazzo Serbelloni, une construction néoclassique dégoulinante de dorures. L’exposition Via Lucis (chemin de lumière) proposaient des niches noires brillantes installées dans ces salles jadis occupées par napoléon et Joséphine (certes pour trois mois seulement…) pour y présenter les dernières créations Lasvit. Coup de cœur? Les suspensions nommées Stairs du trio biennois de l’atelier Oï. Des jeux de cloches superposées, jouant subtilement les transparences et les tons nacrés-dorés. Décidément, ces Suisses sont très doués pour l’art verrier.