Dans les coulisses du brodeur Lesage, pour Chanel…

Dans ses collections Métiers d’Art, la maison Chanel rend hommage aux plus subtils savoir-faire de la Couture. Cet été, les petites mains en coulisse se sont employées à faire un portrait vestimentaire de Paris et Rome à la fois. Forza broderies et galons!

Pour cette collection très particulière, il était question de fusionner, en une sorte de superposition de rêves, la Parisenne et la Romaine, dans ce que les deux silhouettes peuvent avoir d’éternel. Karl Lagerfeld: «J’ai voulu évoquer la période où l’Italie était célèbre en France à cause des films dans lesquels tournaient des françaises. J’ai voulu capturer un peu cette atmosphère. Je me suis inspiré de tout et de rien. C’est une vision, mais sans entrer dans les détails. C’est une collection pour aujourd’hui, mais dans l’esprit et l’ambiance d’un Paris idéalisé et romantique, comme une photographie d’Eugène Atget.»

La collection Métiers d’art de Chanel est une célébration annuelle des savoir-faire les plus élaborés dont la maison dispose. Elle se veut un moment d’exploration virtuose, une célébration du talent de ces petites mains qui travaillent en coulisses au service du tissu arachnéen, du détail unique. Vingt-sept modèles de la collection Paris à Rome sortiront de chez le brodeur Lesage. Un monument, ce Lesage! Tout est fait main ici, depuis que Marie-Louise et Albert Lesage ont ouvert l’atelier en 1924. Certaines techniques portent l’estampe maison, comme ces perles cousues au crochet de Lunéville, sur l’envers du tissu. Ou comme la pose dite en vermicelle, qui assemble les paillettes en petits serpents qui se tortillent. Pas étonnant que les archives débordent d’échantillons (70 000… la plus grande collection classée) réalisés essentiellement pour Elsa Schiaparelli, puis, plus tard pour Balenciaga, Dior, Givenchy… et la maison Chanel, naturellement, qui a racheté l’atelier en 2002.

Cinq autres maisons d’art auront également participé au défilé: le bottier Massaro, l’autre maison de broderie Montex, le gantier Causse, les mailles Barrie, le parurier Desrues et ses boutons et bijoux précieux. La robe 65 (en illustration), îlot de douceur parmi ses consœurs sexy en diable, échappées aux films noir, aura nécessité 1125 heures de travail. Il n’en faut pas moins pour broder 10’000 perles de fantaisie, de tailles diverses, sur 1150 farfalle et demi-farfalle, devenues autant de fleurs. Ces pans de dentelles brodées chez Lesage sont ensuite assemblés dans les ateliers Chanel, des boutons ornementés viennent agrémenter le dos et un ruban de satin rose pâle souligne la poitrine. Prête pour le défilé?