Depuis 2010, Petit h, atelier buissonnier d’Hermès, utilise les reliquats des matières et le savoir-faire de la maison patricienne pour donner vie à des objets poétiques ou utilitaires. Une ligne à découvrir jusqu’au 19 novembre à Genève.

Petit h, c’est l’histoire d’une femme, rêveuse et espiègle, Pascale Mussard. Nièce de Jean-Louis Dumas, l’un des présidents de Hermès, elle débute dans la maison parisienne par hasard, en 1978. «Ce n’est pas parce qu’on fait partie de la famille qu’on entre chez Hermès…», dit-elle. La genèse de ses premiers pas dans l’entreprise familiale est abracadabrante. Elle travaillait alors pour Nicole de Vésian, l’un des premiers bureaux de tendances. Ils étaient deux à assister la patronne. «Un jour, elle nous dit que nous allons chez un client. A mesure que j’approche, je devine que l’on se dirige droit vers le bureau de mon oncle. Dans l’ascenseur je murmure à mon collègue que je sais où l’on va. Il s’étonne. «Tu vas voir, lui aussi il me connaît très bien.» Dès lors, Pascale Mussard ne quittera plus la maison.

Petit h, c’est l’histoire d’un héritage. «Comme on me l’a dit, j’ai le bolduc ( ) d’Hermès dans les veines. Je n’ai rien inventé, les agendas d’Hermès sont nés de la récupération. A l’époque on coupait le cuir à la main. L’artisan prenait sa peau, la tirait et la coupait. Il y avait forcément des matières non utilisées. On les mettait dans une boîte et moi, petite, je les amenais deux étages plus haut, pour faire fabriquer les agendas. C’était du bon sens.» Pascale Mussard écrit une lettre qu’elle lira au conseil familial, pour soumettre l’idée qu’elle a en tête depuis longtemps: réunir le potentiel inexploité de cuir, de boutons, d’une peau orpheline, etc. en utilisant le savoir-faire précieux des artisans d’Hermès afin de créer des objets. Pas du bricolage, mais une collection à la hauteur de la qualité d’Hermès.

Petit h, c’est l’histoire d’un atelier. La matière récoltée est stockée dans des «caves à matières» comme ils disent entre eux. Il fallait aussi ces mains aguerries aux fameux gestes. Deux artisans sont dévolus à cette ligne qui s’agrandit jusqu’à former aujourd’hui une équipe de 15 personnes. Pas à pas, cet endroit unique devient un laboratoire fourmillant d’inventivité. Comment imbriquer un cuir avec un cristal Saint-Louis ou astiquer (polir les tranches de cuir) en couleur? Ou encore transformer de la soie en papier cartonné? Modestement, dans son antre, le petit sert au grand.

Petit h, c’est l’histoire d’objets imaginés à l’envers. Pascale Mussard invite des designers connus ou non et les pousse à imaginer un objet selon la matière à disposition et non l’inverse. Elle leur dit : «Le temps fait bien les choses, rentrez chez vous, vous allez réfléchir, revenir et l’idée sera beaucoup plus forte.» Pascale aime aussi que l’enfance ne se tienne pas trop loin, que la fantaisie et la facétie aient libre cours. Des exemples? Une tente à deux pans comme les croquent les enfants mais au raffinement hermèsien; imaginée par le designer suisse Adrien Rovero, elle sera présentée pour la première fois à la boutique Hermès de Genève, rue du Rhône 39, jusqu’au 19 novembre. Ou une balançoire où la liberté et l’élégance ont été mises en magie par Goddefroy de Virieu… L’exquis et le joyeux cohabitent intensément chez Petit h.

 

Petit h, c’est l’histoire d’un espace – un seul pour l’instant – rue de Sèvres à Paris dans l’ancienne piscine Art Déco de l’hôtel Lutetia de 1935, fermée en 1960 et classée aux Monuments Historiques en 2005. Boutique époustouflante depuis 2010, Petit h attrape le visiteur dès les vitrines puis de part et d’autre de l’entrée. Un mur astucieusement imaginé par le bureau RDAI, se module au gré des envies de l’équipe Petit h. Le luxe, c’est l’espace aussi, 1500 m2 qui se visitent avec gourmandise tant l’œil et les sens sont stimulés: une librairie, un salon de thé, des huttes somptueuses composées de frêne tressé, et partout essaimés, les multiples univers d’Hermès. Un écrin infiniment propice aux rêveries chères à Pascale Mussard.

Colette écrivait: «La plus grande coquetterie d’Hermès c’est de vouloir que le dessous vaille le dessus et le dedans le dehors.» Petit h, structure minuscule au sein de la grande Hermès peut gonfler le torse, elle est aussi exigeante et élégante que son aïeule.

Pour la première fois, Petit h s’installe en Suisse avec une vente nomade au cœur de la boutique genevoise. La scénographie de l’événement a été confiée à des étudiants de la HEAD, la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève, sous la houlette d’Alexandra Midal et de l’artiste Filippe Ribon. La seconde école d’art romande, l’ECAL, a été sollicitée pour inventer des objets à l’esprit Petit h, dans le cadre du programme Master of Advanced Studies in Design for Luxury & Craftsmanship, sous la responsabilité de Nicolas Lemoigne. Certaines de ces créations seront vendues à Genève. Pour le bonheur des yeux, au moins, bienvenue dans l’univers poétique de Petit h.

Texte écrit par Sarah Jollien-Fardel