Dans son éternelle quête de matériaux inédits, l’industrie horlogère essaie tout: les polymères composites pour la légèreté, le platine pour la préciosité, le titane pour l’élégance, l’acier pour la parcimonie, la céramique pour la résistance… Et voilà un nouveau venu qui, lui, la joue à la fois vintage et novateur. Il est ici question du bronze.

Alliage de cuivre et d’étain, ce métal ne peut pas franchement être soupçonné d’avant-gardisme: on connaît les piècettes datant de 3000 ans avant Jésus Christ. En horlogerie, l’usage du bronze a fugitivement accompagné les montres militaires de plongée, durant la seconde guerre. Mais il réapparaît ces temps avec de nouvelles connotations, qui apportent une note sensuelle pour revisiter les classiques. Le bronze, c’est le métal de l’art, celui que l’on a spontanément envie de prendre en main. C’est aussi l’unicité, tant il est vrai que chaque pièce réagit différemment à l’eau, avec un effet de pellicule protectrice d’oxyde.

Le mouvement de relance a été amorcé en 2011 par Panerai et son imposante Luminor Submersible 1950, en édition limitée. Ont suivi des modèles Zenith (Pilot type 20 Extra Special), Oris (Carl Brashear Limited Edition), Hautelance (Vortex Bronze) et le très remarqué Tudor, l’an dernier. La Tudor Heritage Black Bay bronze respire l’aventure, avec son bracelet de cuir vieilli, et s’inspire des accessoires de parachutistes de l’armée française, dans les années 1970.

Tudor, Heritage Black Bay bronze
Tudor, Heritage Black Bay bronze

Et aujourd’hui, rebelote! Plusieurs modèles qui seront présentés au Salon de la haute horlogerie (SIHH), en janvier à Genève, déclinent l’histoire à leur façon. Panerai attaque très fort, sans série limitée, cette fois-ci, avec sa Luminor Submersible 1950 3 Days Power Reserve Automatic Bronze – 47 mm. A la fois complètement neuve et complètement évidente, cette montre joue avec brio sur la fibre vintage. Autre variante : le modèle Radiomir 3 Day Acciaio, avec le mot « Bevetato » dur la couronne : qui recrée, sur le cadran ;  l’effet d’une montre ancienne, corrodée par les intempéries.


Le choix de Montblanc est plus surprenant: associé, depuis 2007, à l’héritage de la manufacture Minerva, à Villeret, la marque a surtout misé sur l’élégance classique. Elle réinterpète cette fois les chronos militaires des années 1930 de la même manufacture. Le modèle 1858 Automatic Dual Time propose une troisième aiguille charmante et rétro; le modèle automatique simple affiche un joli dépouillement, rendu chaleureux par les reflets mordorés du bronze.

Autre nouveauté : la marque italienne Anonimo, fabriquée en Suisse, est désormais distribuée ici aussi et le bronze fait partie intégrante de l’esprit marin de son identité.
Ce nouveau regard horloger – teintes de feuilles d’automne, de gouttière de maison anciennes, de statues de tous âges, de scaphandres d’un autre temps  – donne une nouvelle douceur aux montres, qui contraste avec les volumes de l’aventure. Comme une ambiance de soldat parfumé au sable chaud…

Anonimo militare, Chrono Bronze
Anonimo militare, Chrono Bronze