D’un côté du lit de Karl Lagerfeld – le seul, l’inimmitable – il y avait la choupette, la chatte Scaréede Birmanie, presque aussi célèbre que son maître. De l’autre côté du lit, il y avait un bloc, pour griffonner des esquisses au milieu de la nuit. Voilà (entre autres) ce que feu-le grand couturier a raconté à la journaliste parisienne Leatitia Cénac, un vendredi soir, quand elle a enfin obtenu l’interview si longtemps attendue.

Le bloc… A l’heure du pianottement frénétique sur clavier, le geste du dessin, le crissement de la mine sur le papier était au coeur du processus créatif de Lagerfeld. Etrangement, le livre de reportage qui paraît ces jours sur le coulisses de la maison Chanel rend lui aussi hommage à ce processus artisanal, puisqu’il est réalisé (outre le texte) en dessin et à l’aquarelle par Jean-Philippe Delhomme, une patte à l’esthétique mondialement reconnaissable. Le livre part sous presse le jour même où est annoncé le décès du couturier. La dimension hommage n’en est que plus forte. Le duo auteur-illustrateur a rencontré les plumassières et les mannequins, les brodeuses et les teinturiersles sertisseurs et les attachés de presse. Et parfois, rapidement, ils ont vu passer un catogan blanc… Tous ces instants fugitifs ont été captés par le pinceau ou la mine. Leur unicité, leur substance, s’est vue inscrite dans l’éternité. L’effet est aussi léger qu’émouvant, comme un dialogue esthétique entre le dessiné et le dessinateurIl n’y a pas plus noble que le geste humain. Renata Libal