Parfois, ils sont en peau de mouton. Parfois en laine ou fibre synthétique. Mais toujours – toujours! – ces fauteuils et sofas sont doux et chauds, presque vivants. On les caresse en s’y lovant, comme on flatterait un animal de compagnie. Eux, ce sont les meubles de la famille des Teddy Bear, revêtus d’un de ces nouveaux textiles inspirés des animaux en peluche. Au Salone di Mobile, à Milan au printemps dernier, on ne voyait qu’eux… et on avait envie de tous les toucher. Le sofa Palomba de Poltrona Frau en fini bouclette, le fauteuil Caratos d’Antonio Citterio pour Maxalto en teddy bear, le tissu Orsacchiotto chez Moroso, la pelucheuse ligne Gentleman de Marcel Wanders pour Poliform… L’hiver dernier, la mode a lancé d’amples manteaux oursons; cet automne, ils viennent hiberner en colonies dans les maisons. Sans doute s’agit-il là d’une même aspiration à la sensualité tactile, du même besoin primal de plonger ses doigts dans du concret, alors que le monde devient toujours plus digital et éthéré. Ou alors faut-il y voir un repli régressif face à l’insécurité ambiante?
Le précurseur de l’esthétique confortablement velue a été le décorateur français Jean Royère, à la fin des années 1940. Sa collection Polar Bear atteint aujourd’hui le demi-million de dollars aux enchères – même Kanye West en possède un sofa. Plusieurs pièces, devenues
iconiques depuis lors, y ont ensuite fait référence, comme la fameuse Banquete des frères Campana en 2002, entièrement composée d’animaux en peluche cousus ensemble. Ou la famille d’ours du décorateur d’intérieur français Pierre Yovanovitch. Les grands noms du design contemporain n’ont donc pas inventé le concept, mais ils le popularisent avec bonheur, grâce à des textiles technologiques faciles à vivre. Qui a dit que seuls les enfants avaient besoin d’un doudou?

Renata Libal