DÉCOUVERTE La marque suisse de cosmétiques de luxe La Prairie, s’associe à la Fondation Beyeler pour préserver l’oeuvre d’un pionnier de l’abstraction.

Lorsque la Fondation Beyeler l’a appelé, il n’a pas réfléchi une seule seconde avant d’accepter. «Ce projet nous correspond tellement, c’en est presque effrayant», se souvient en riant Greg Prodromides, Chief Marketing Officer de La Prairie. Ce projet est une double «première». Jamais dans son histoire, la Fondation Beyeler, le musée le plus visité de Suisse, n’avait entrepris une campagne de conservation de l’ampleur de celle qu’elle ambitionne pour les œuvres de Piet Mondrian (1872-1944) dont sa collection comporte de beaux spécimens. Et, de son côté, La Prairie, l’entreprise de cosmétiques la plus exclusive de Suisse, soutient pour la première fois dans le cadre de son parrainage culturel une restauration d’art.
Une même volonté d’aller toujours plus loin pour créer ce qui n’existe pas, relie les deux partenaires à Mondrian. Tout au long de sa vie, ce dernier a poursuivi sa vision d’un art novateur; un chemin qui l’a mené de l’impressionnisme au cubisme et finalement au néoplasticisme qu’il a lui-même théorisé. Il s’agit d’une pratique d’art abstrait où l’image est décomposée en éléments de base de la peinture – surface, lignes et couleurs primaires. Des décennies de recherche pour une épuration maximale. Chez La Prairie, lors du développement d’un nouveau produit, des dizaines de milliers d’ingrédients sont testés jusqu’à ce que le bon soit identifié. Et tout restaurateur d’art le sait aussi: il faudra peut-être des mois – analyse des pigments, des liants, des supports d’images, infrarouge, ultraviolet, rayons X – pour percer les mystères d’une œuvre d’art et pouvoir y intervenir enfin.
Là comme ailleurs, le défi consiste à laisser derrière soi quelque chose qui permette aux générations suivantes de s’y projeter. Et que cet héritage soit d’une telle évidence et harmonie qu’il fasse oublier tout le sang versé, toutes les réflexions engagées, tout le labeur enduré mais aussi toutes les fausses routes qu’il a fallu pour arriver au résultat. Mondrian incarne merveilleusement ce cheminement. Car celui que Pierre Matisse décrivait à son père Henri comme «l’aprôtre de l’abstraction» a développé son langage pictural minimaliste – fond blanc, lignes noires, rectangles dans les couleurs primaires bleu, jaune, rouge – pour rendre visible une idée complexe: sa vision théosophique du monde, selon laquelle derrière les phénomènes qui nous entourent se cache un autre niveau de réalité, idéal, une sorte d’harmonie cosmique, clé d’une vie belle.

Pionnier à moustache

Piet Mondrian a été jusqu’à tailler sa moustache asymétriquement pour que son visage apparaisse plus équilibré, c’est dire à quel point il croyait en la puissance de la composition millimétrée. Il faut parfois un grain de folie pour créer l’extraordinaire. Mais, comme le sait aussi Patrick Rasquinet, PDG de La Prairie, il faut l’envie et une âme de pionnier: «Ce qui nous relie aux artistes, c’est cette audace passionnée – et finalement la recherche d’une beauté intemporelle.» Dès sa fondation en 1978, la société de cosmétiques de luxe a cultivé sa proximité avec l’art. Les formes géométriques et les pointes de couleur qui caractérisent le design des emballages de La Prairie s’inspirent des codes du Bauhaus. Depuis 2017, la marque est partenaire d’Art Basel et soutient de jeunes artistes suisses comme Julian Charrière, participant de la Biennale de Venise et dont la première exposition personnelle en Suisse est visible au Musée des Beaux-Arts d’Argovie (Aargauer Kunsthaus jusqu’au 3 janvier 2021). Pour Greg Prodromides, cet état d’esprit se résume en une seule phrase: «L’art est le prisme à travers lequel nous, à La Prairie, regardons le monde.»

Mondrian à la Fondation Beyeler

LA PRAIRIE X FONDATION BEYELER_3

Sept tableaux de Piet Mondrian – trois du début de carrière et quatre plus tardifs – font partie de la collection de la Fondation Beyeler. Dans la perspective d’une grande exposition Mondrian à l’été 2022, où elles seront exposées aux côtés de nombreux prêts, ces oeuvres font l’objet d’un projet de recherche et de conservation de trois ans (2019-2021). Le travail sur les œuvres tardives créées entre 1921 et 1938, qui vient de commencer, est soutenu par La Prairie. Il est continuellement documenté en ligne: www.laprairie.com/fr-ch/the-art-journal. Il est aussi possible d’observer sur place les artisans à l’œuvre à travers une paroi de verre dans l’atelier de restauration.

Piet Mondrian

Son vrai nom était Pieter Mondriaan. Mais la simplification était l’élixir de vie de ce peintre né aux Pays-Bas en 1872 et mort à New York en 1944. Il a inlassablement cherché un art fondamentalement nouveau qui non seulement dépeigne la réalité mais la révèle dans sa vérité la plus profonde. Il fut l’un des premiers peintres rigoureusement abstraits, inspirant le Bauhaus en Europe et le Minimal Art américain – jusqu’à la culture et à la mode pop. Les robes Mondrian de Saint Laurent, 1965, atteignent aujourd’hui des prix à cinq chiffres aux enchères. Le record actuel pour un tableau de Mondrian est de 50,6 millions de dollars (2015).