ART CONTEMPORAIN Si les œuvres de James Turrell font l’objet d’un tel engouement, c’est que l’expérience lumineuse proposée est bouleversante pour tous. Par-delà les cultures, les générations, l’érudition, les participants vivent cette plongée chromatique de manière intime, comme une méditation. Depuis les années 1960, l’artiste américain s’intéresse aux sensations induites par la lumière, dans des mises en scène intangibles. Sa série la plus célèbre est celle des «skyspaces», soit des pièces dépouillées avec ouverture zénithale. On y entre comme dans une église, pour se perdre dans la profondeur du ciel ainsi cadré. L’expérience se vit au naturel ou, le plus souvent, dans le jeu ultrasophistiqué des leds de couleur qui soulignent – ou brouillent – la perception. Le principe peut sembler simple, il ne l’est pas. L’installation est toujours minutieusement pensée pour faire ressortir les particularités de son lieu d’implantation. Mais chaque visiteur plonge surtout en soi-même. «Mon travail n’a ni objet, ni image, ni focus, explique James Turrell, alors que regarde-t-on? On se regarde regarder. Ce qui m’importe, c’est de créer une expérience de pensée sans parole.» Agé de 76 ans, l’artiste voit ses œuvres exposées dans tous les grands musées, mais il s’évade souvent du cadre institutionnel pour des expériences insolites, en lien avec la nature ou une architecture spécifique. Sa passion de la lumière date de sa sortie de prison en 1967 (pour activisme antimilitariste), où il a été détenu en isolation et dans l’obscurité. On retrouve actuellement quelques 80 skyspaces dans 29 pays, mais le Roden Crater, dans le désert de l’Arizona, est sans conteste son chef-d’œuvre, peaufiné depuis 40 ans. Encore un peu de patience… Par Renata Libal

James Turrell Photo by Morten Fauerby www.montgomery.dk ©2015 All rights reserved.
James Turrell
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