Après vingt ans d’expérience mode, Vanessa Seward sort une marque à son nom. C’est beau, simple et élégant.

La voix ensoleillée de Vanessa Seward, au téléphone, sonne comme un appel à la gaieté, avec ce tintement qui rappelle ses origines argentines. La styliste parisienne raconte tout le bien qu’elle pense de la mode, de la femme, des créateurs qui ont jalonné sa vie, des vêtements – cet univers qui l’a incitée à lancer enfin sa propre marque, que l’on trouve cet automne pour la première fois en boutique. Sa personnalité est à l’image de sa mode: simple et vraie.

Le dressing sewardien n’est ni conceptuel ni chichiteux. C’est que la jeune femme l’a imaginé en pensant à ce qu’elle porterait, elle. «Je m’habille de cette manière, raconte-t-elle. Je suis toujours à la recherche des proportions parfaites. J’essaie d’allonger les jambes et d’affiner la taille. J’aime ce style, jambes longues et buste étroit. Et j’aime aussi lorsqu’il y a des formes.» Ses habits s’adressent à toutes les femmes, sans carcans de taille, d’âge ou autres sornettes. «Il faut se démarquer des connotations trop mode, affirme-t-elle. Je n’apprécie pas les panoplies. Ce qui est important pour moi, c’est la subtilité dans la coupe et les belles matières.» Lors de son premier défilé en mars dernier, son jean a été encensé – il fait gagner dix centimètres aux jambes, dit-on. Si ce n’est pas miraculeux… «J’avais déjà ébauché le jean Victoire lors de mes collaborations avec A.P.C., et c’est devenu un best-seller, sourit la magicienne. C’est compliqué un jean. Il faut beaucoup d’essayages avant de trouver la forme idéale, des jambes étroites mais pas skinny. La coupe cigarette est celle que je préfère. La taille haute avec un élastique invisible pose les poches un peu plus haut. Cela donne une illusion de fesses plus jolies, de jambes étirées.»

Metteuse en lumière

La styliste a aiguisé ses crayons et son œil auprès des tout grands. Karl Lagerfeld durant neuf ans («impressionnant, il dessine lui-même tout le prêt-à-porter…»), puis Tom Ford chez Yves Saint Laurent («il voit le produit dans la réalité, j’aimais sa vision sexy du vêtement…»). En 2002, elle entre chez Azzaro dont elle reprendra la direction artistique après le décès de Loris Azzaro l’année suivante. Pourtant, sa manière de concevoir les habits féminins ne varie guère au gré des marques. Ce qu’elle aime, c’est être une entremetteuse de l’ombre, dédiée à mettre l’autre en lumière: «Lors des essayages, chez Azzaro, je voyais les robes prendre une dimension différente selon la femme qui l’enfilait. J’adore voir ça.» Si aujourd’hui elle officie comme bonne fée pour les coquettes, elle aussi a bénéficié d’une rencontre qui a changé son destin professionnel: Jean Touitou. L’homme est le fondateur d’A.P.C., la marque incontournable de ceux qui aiment l’intemporel ni clinquant ni hors de prix. Vanessa Seward a collaboré sur des collections capsules, de 2012 à l’été dernier. «Jean Touitou a un flair incroyable, une équipe et un savoir-faire précieux, dit-elle. Ma marque est née grâce à lui. J’ai la chance de pouvoir bénéficier de son équipe et de ses ateliers.»

C’est donc par ces grâces conjuguées que sont nées les compositions vestimentaires du premier opus hivernal Vanessa Seward qu’elle vend dans sa boutique parisienne à peine ouverte (rue d’Alger 10, Ier arr.): un manteau en peau lainée («parce que j’aime porter des robes en hiver et qu’avec lui ce sera possible»), des combinaisons, du crêpe de laine («un tissu que j’adore»), une jupe longue («pour changer du smoking»), d’incroyables bottes hautes, chaudes, féminines et confortables − une gageure! «Je milite pour une mode piétonne, explique la styliste. C’est péjoratif aujourd’hui. Alors que c’est la réalité de la femme moderne.» On notera aussi de très féminines blouses imprimées, certaines du trèfle à quatre feuilles, son grigri personnel, «parce qu’un motif ça marche à tous les coups avec un bas noir». Et un pantalon évidemment noir («c’est transversal»), ainsi que des escarpins inspirés du tango. Partout, les finitions sont délicates, comme en attestent les boutons en émail cerclé d’or ou ce huit horizontal, symbole de l’infini, qui sert de boucle de ceinture. Du chic discret et pétillant, Vanessa Seward en fait sa signature.

Mais minute, Madame! Cette nouvelle marque n’est-elle pas un peu trop bourgeoise élégante, au final? La malicieuse glisse entre deux sourires: «Je trouve que finalement on est plus rebelle habillée en classique…»