GREEN BEAUTY C’est le nom d’un phénomène galopant sur le marché des cosmétiques. Les soins bios et naturels sortent de la confidentialité et montent en gamme.

Par Katrin Roth   Photographie Lionel Deriaz

Tous les indicateurs sont au vert. Du moins du côté du monde de la beauté où un nombre toujours plus important de marques repose sur des actifs naturels respectueux de l’environnement. De quoi confirmer que le vert est bien la couleur de la croissance. «De plus en plus de gens sont attentifs à la notion de durabilité et à leur santé. Les cosmétiques naturels profitent de cette tendance de manière exponentielle», écrit Elfriede Dambacher, auteure de plusieurs ouvrages sur les cosmétiques naturels, dans un dossier spécial pour l’Association suisse des pharmaciens.
L’histoire commence à Hollywood, quand, lors du tournage du film «Erin Brockovich», Julia Roberts, qui tient le rôle principal, celui d’une militante de l’environnement qui avait révélé un scandale de pollution des eaux potables, a été maquillée avec les soins Dr. Hauschka. L’actrice américaine, très satisfaite, n’a pas manqué à chaque occasion de vanter la marque allemande de cosmétiques naturels. C’était il y a 20 ans et cet épisode marque le début d’une vague verte qui enfle de jour en jour. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur les chiffres. Les experts estiment que le marché des cosmétiques naturels pourrait s’élever à environ 22 milliards de dollars US d’ici à 2024 pour les seuls Etats-Unis.
«Les cosmétiques naturels font partie du segment de croissance stable dans un marché de la beauté largement saturé», explique Elfriede Dambacher à propos de cette évolution qu’on observe aussi en Europe. Dans la région DACH (Allemagne, Autriche et Suisse), les ventes ont doublé au cours des dix dernières années et, selon le baromètre du marché de l’agence Bio, quatre Français sur dix ont acheté plus de cosmétiques naturels que de cosmétiques conventionnels en 2017. Pour expliquer cet engouement pour la beauté verte, Elfriede Dambacher cite «le bien-être et le souci de sa propre santé. Il est important que les consommateurs sachent que leur crème ne contient aucun ingrédient nocif qui pourrait nuire à leur peau et à leur santé.» Sans compter que les produits qui utilisent des matières premières issues de l’agriculture biologique contribuent en plus à protéger la nature et favorisent un sol sain sans pesticides ni engrais artificiels.

Ethique, durable, écoresponsable

C’est exactement pour cette raison qu’Aline Peerbolte a choisi de défendre la cosmétique naturelle: «Je ne veux pas me sentir coupable lorsque j’achète tel ou tel produit, et je veux avant tout avoir du plaisir», déclare la cofondatrice de la nouvelle boutique en ligne Happy Officine. Avec son conjoint, Johan, la jeune femme propose une sélection de premier choix de produits cosmétiques naturels haut de gamme et de qualité particulièrement élevée, comme ceux de Susanne Kaufmann, Kjaer Weis, Josh Rosebrook ou Karina Giving Beauty. «Nous nous investissons pour ce en quoi nous croyons: nous proposons des produits éthiques, durables et écoresponsables», peut-on lire sur le site internet des jeunes entrepreneurs franco-suisses. On y découvre aussi les six critères de leur label «Off», ainsi que la liste noire des ingrédients à bannir, qui sert de base aux standards d’acceptation du site marchand. Même son de cloche pour Anna Mandozzi dont la boutique en ligne Biomazing ne propose «que des cosmétiques naturels selon les exigences les plus strictes. Cela n’a peut-être pas l’air très sexy, mais je suis très préoccupée par cet aspect, car nous voulons montrer qu’en plus de critères tels que «100% biologique», d’autres facteurs comme un marketing honnête ou des prix équitables jouent également un rôle dans notre processus de sélection.» Avec des marques de cosmétiques naturels et biologiques telles que Kypris, Soapwalla, Tata Harper, Whamisa, Four Sigmatic, YLUMI, Fine Deodorants et Moon Juice, Biomazing veut offrir à ses clients «à tous points de vue, le meilleur dans le domaine de la vraie beauté verte de luxe», précise Anna Mandozzi qui fait allusion au fait que le terme de «cosmétique naturelle» n’est pas protégé. En conséquence, chaque fabricant est libre de déclarer ses produits comme «biologiques» ou «naturels». «Greenwashing» est le terme consacré pour décrire ces stratégies de communication et de gestion d’image qui apportent une touche de vert à un produit ou une marque même si ce n’est que partiellement le cas.
La solution serait la création d’une certification internationale, comme on en connaît dans d’autres domaines. En fait, dans l’industrie de la beauté, il n’y a pas un, mais plusieurs labels, chacun établi selon des critères différents. Donc, pour être sûr, le mieux est de vérifier sois-même chaque ingrédient un par un, de scanner le code-barres avec des applications dédiées, ou de demander des précisions au détaillant. «Alors oui, cela prend le temps qu’il faut mais ça vaut toujours la peine, insiste Anna Mandozzi. Nous croyons qu’ensemble nous pouvons changer le monde pour qu’il soit durable et sain pour l’homme, la terre, les animaux et la société.» Le vert est aussi la couleur de l’espoir.

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De g. à d.

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